Inde-Pakistan : le rapprochement est-il encore possible ?

0
8

Près de huit décennies après la partition du sous-continent indien, New Delhi et Islamabad demeurent prisonniers d’une rivalité historique. Pourtant, une récente déclaration d’un responsable politique indien, aussi controversée soit-elle, invite à envisager une hypothèse presque impensable : celle d’une Inde devenant, un jour, l’alliée inattendue du Pakistan dans la défense de sa souveraineté face aux pressions internationales.

Le poids de l’histoire et les perspectives d’un rapprochement

Le 15 octobre 2026, Madan Rathore, président du Bharatiya Janata Party (BJP) dans l’État indien du Rajasthan, a provoqué une vive polémique en affirmant que l’Inde se rangerait aux côtés du Pakistan dans l’hypothèse d’un conflit armé opposant Islamabad à Washington. Son argument reposait sur une réalité géographique élémentaire : le Pakistan est un voisin de l’Inde. Face aux critiques, le responsable politique a précisé que ses propos avaient été sortis de leur contexte et qu’il évoquait en réalité une rencontre de cricket. Cette clarification interdit d’interpréter sa déclaration comme un changement de doctrine diplomatique. Elle offre néanmoins l’occasion de poser une question fondamentale : le voisinage pourrait-il un jour devenir un motif de solidarité plutôt que de confrontation ?

Depuis la partition de 1947, l’Inde et le Pakistan entretiennent une rivalité profondément enracinée dans leurs trajectoires nationales. Les guerres successives, le contentieux du Cachemire, les différends territoriaux et les accusations réciproques ont nourri une méfiance durable. Les affrontements militaires de mai 2025 ont rappelé combien cette confrontation demeure dangereuse entre deux puissances nucléaires. La suspension par New Delhi du traité sur les eaux de l’Indus, qui avait résisté à plusieurs décennies de tensions, illustre également la fragilisation des mécanismes de coopération régionale. Dans ce climat, chaque incident risque d’alimenter une nouvelle escalade, au détriment de la sécurité des populations des deux pays.

Pourtant, au-delà des frontières politiques, l’Inde et le Pakistan partagent un héritage civilisationnel considérable. Langues, traditions culinaires, musique, littérature et liens familiaux témoignent d’une proximité que les antagonismes politiques n’ont jamais entièrement effacée. Cette communauté culturelle pourrait constituer le socle d’une coopération économique bénéfique aux deux populations. Le développement des échanges commerciaux, des infrastructures et des initiatives culturelles permettrait de transformer progressivement une frontière de confrontation en espace de dialogue. La prospérité de l’un ne devrait pas nécessairement se construire au détriment de celle de l’autre.

L’Inde, puissance émergente et alliée inattendue de la souveraineté pakistanaise ?

Poussons alors le raisonnement de Madan Rathore jusqu’à ses conséquences les plus inattendues. Pourquoi limiter cette solidarité hypothétique à une confrontation militaire ? Imaginons une Inde défendant la souveraineté économique du Pakistan face à des pressions exercées par de grandes puissances ou des institutions internationales. New Delhi pourrait, par exemple, plaider pour que les difficultés financières d’Islamabad ne deviennent pas un instrument de contrainte politique, soutenir des conditions de financement plus favorables ou contribuer à réduire sa dépendance économique par le commerce régional. Le Pakistan demeure engagé dans un programme d’assistance du Fonds monétaire international assorti de réformes négociées, ce qui souligne l’importance de ses relations avec les bailleurs internationaux. Une telle solidarité indienne relèverait aujourd’hui davantage de la politique-fiction que d’une perspective diplomatique immédiate. Mais elle soulève une interrogation : deux États historiquement rivaux ne pourraient-ils pas découvrir un intérêt commun à défendre leur autonomie stratégique et économique ?

Cette perspective trouve un écho particulier dans les ambitions internationales de New Delhi. L’Inde cherche désormais à faire reconnaître pleinement son statut de puissance majeure dans un ordre mondial en recomposition. Dans ses récentes interventions, le ministre indien des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar, a contesté la qualification de « puissance moyenne » appliquée à son pays, estimant qu’elle ne reflétait ni son poids démographique, ni sa dimension économique, ni ses ambitions. Il a également dénoncé un système international dans lequel les grandes puissances peuvent instrumentaliser les circuits financiers, les sanctions et les dépendances économiques pour exercer des pressions sur d’autres États. Devant les Nations unies, il a plaidé pour une meilleure représentation des pays du Sud global dans les instances de décision internationales. Dès lors, une question mérite d’être posée : l’affirmation du statut de grande puissance de l’Inde pourrait-elle un jour s’accompagner d’une responsabilité accrue envers ses voisins, y compris le Pakistan ? Dans cette perspective, le multilatéralisme pourrait offrir un terrain de rapprochement. L’Organisation des Nations unies, l’Organisation de coopération de Shanghai ou encore l’Association sud-asiatique pour la coopération régionale pourraient permettre aux deux pays de défendre ponctuellement des intérêts communs, sans renoncer à leurs divergences. L’histoire de la réconciliation franco-allemande rappelle qu’une rivalité ancienne peut progressivement céder la place à une coopération institutionnalisée.

L’Inde et le Pakistan ne sont pas condamnés à demeurer éternellement adversaires. Dans un monde multipolaire où les rapports de force économiques pèsent parfois autant que les confrontations militaires, leur rapprochement pourrait contribuer à l’émergence d’une Asie du Sud plus intégrée et davantage maîtresse de son destin. Pour une Inde aspirant à exercer une influence mondiale croissante, la capacité à favoriser la stabilité de son environnement régional pourrait également devenir un instrument de crédibilité diplomatique. La perspective de voir un jour New Delhi défendre les intérêts souverains d’Islamabad peut aujourd’hui prêter à sourire. Pourtant, l’idée que la sécurité et la prospérité d’un voisin puissent contribuer à sa propre stabilité n’a rien d’absurde. Peut-être la véritable maturité politique commencerait-elle précisément lorsque les deux nations cesseraient de percevoir chaque succès de l’autre comme une défaite personnelle. La véritable victoire ne serait alors plus celle d’une nation sur l’autre, mais celle de deux peuples parvenant enfin à faire de leur proximité géographique une chance historique.

Asad ISHFAQ

Article rédigé avec l’assistance de l’intelligence artificielle.