Au Pakistan, le dharna, cette manifestation assise pouvant se prolonger jusqu’à devenir une occupation de l’espace public, peut se lire comme un symptôme de défiance envers la représentation politique. Lorsque les citoyens doutent de l’efficacité du vote, du Parlement ou des recours, la rue apparaît comme un autre moyen de se faire entendre. Les partis peuvent toutefois utiliser cette mobilisation comme un levier stratégique, sans avoir nécessairement épuisé les voies institutionnelles.
Le PTI d’Imran Khan en a donné une illustration majeure avec le dharna d’Islamabad de 2014, organisé contre le gouvernement de Nawaz Sharif sur fond d’accusations de fraude électorale. Ces accusations constituaient le motif de la mobilisation ; l’existence de celle-ci ne suffisait pas à les établir.
La pratique dépasse le PTI. Le 4 février 2013, des responsables de la PML-N et d’autres partis d’opposition participent à un sit-in devant le Parlement, puis marchent vers la Commission électorale pour réclamer des garanties électorales. Le 26 avril 2017, le PPP organise un sit-in devant le Mazar-e-Quaid, à Karachi, mêlant revendications sur les services essentiels et demande de démission de Nawaz Sharif. Ces rassemblements diffèrent par leur durée et leur ampleur, mais témoignent d’un recours partagé à la pression de la rue.
La crise prend une dimension plus grave lorsque la confrontation politique s’accompagne de mesures d’exception. Le 11 octobre 2026, les autorités fédérales imposent l’état d’urgence au Khyber Pakhtunkhwa et suspendent son gouvernement provincial, dirigé par le PTI. Cette décision intervient dans le contexte d’une mobilisation visant à marcher sur Islamabad pour réclamer la libération d’Imran Khan. Le gouvernement invoque les défaillances de l’administration provinciale face aux groupes armés ; le PTI dénonce une opération politique. Les sources établissent ce contexte, sans démontrer que la marche constitue la cause unique de la décision.
L’enjeu dépasse dès lors l’encadrement d’une manifestation : il concerne l’exercice du pouvoir provincial. Le risque politique est profond. Lorsque des électeurs voient leur gouvernement suspendu, ils peuvent perdre davantage confiance dans les institutions censées donner effet à leur vote. Il s’agit d’un risque à considérer, non d’une réaction que l’on pourrait attribuer uniformément à toute la population.
L’apaisement exige des efforts des deux côtés, sans assimiler leurs responsabilités. Le pouvoir, détenteur de la force publique, devrait se garder de traiter une opposition politique par des moyens d’exception. La lutte contre les groupes armés ne doit pas effacer la distinction entre violence et contestation pacifique.
Les oppositions, elles aussi, devraient pouvoir lâcher du lest : accepter une médiation, négocier un calendrier ou suspendre un blocage en échange de garanties concrètes. Faire un compromis sur les modalités d’une mobilisation ne signifie pas abandonner ses revendications. Mais cette souplesse suppose un interlocuteur disposé à répondre, et des engagements crédibles.
Une démocratie ne peut dépendre indéfiniment de la capacité des uns à bloquer et des autres à contraindre. Sa solidité se mesure aussi à sa capacité à offrir une issue au désaccord, avant que chaque crise ne devienne une épreuve de force.
Asad ISHFAQ
Article rédigé avec l’assistance d’une intelligence artificielle.






