Carnet du Pakistan — Jour 3
Le corps, la foi, les vêtements et la mémoire des voyageurs
Je me suis réveillé à 6 heures du matin afin de me préparer pour aller au bureau chargé du renouvellement de ma pièce d’identité pakistanaise.
Encore à moitié endormi, j’ai reçu le petit déjeuner décidé la veille : deux œufs durs, un morceau de pain de mie grillé et un verre de lait.
Au réveil, je ressentais un reflux gastrique. La veille, j’avais mangé plusieurs spécialités de street food sur le chemin : des samosas, des pakoras et du kulfi. Plus tard, j’avais également goûté un chaat aux pois chiches préparé chez l’épicier du quartier.
Je ne me souvenais même plus de la dernière fois où j’avais eu un reflux. Mon estomac semblait lui aussi commencer à prendre la mesure du changement de pays.
Voyager, c’est aussi déplacer son corps
Un voyage ne se vit pas seulement avec les yeux ou avec l’esprit. Le corps doit lui aussi s’adapter à de nouveaux rythmes, à une autre chaleur, à de nouvelles saveurs et à des habitudes alimentaires différentes.
Cette adaptation physique faisait pleinement partie de l’expérience. Elle se manifestait dans le sommeil, la fatigue, la transpiration, l’appétit et parfois dans les petits désagréments du corps.
Le petit déjeuner du matin avait presque valeur de retour à l’équilibre. Il marquait aussi le début d’une reprise en main de mes habitudes alimentaires.
Retrouver une alimentation plus équilibrée
Au cours de cette troisième journée, je n’ai pas mangé de chaat ni de pakoras. Après les excès de la veille et le reflux du matin, j’ai préféré revenir à des repas plus proches de mes habitudes healthy.
J’ai mangé une salade de pois chiches, puis une autre composée de tomates, de concombre et de mozzarella.
Ce retour à une alimentation plus légère représentait une forme de rééquilibrage. Le voyage restait une occasion de découvrir les saveurs locales, mais il m’apprenait aussi à écouter mon corps et à ne pas abandonner les habitudes de nutrition que j’avais développées en France.
S’adapter ne signifie pas tout accepter sans mesure. Cela signifie aussi savoir ajuster ses choix, trouver un équilibre entre découverte et bien-être, et conserver certains repères personnels dans un nouvel environnement.
Le Pakistan du quotidien
Je vivais cette aventure non pas comme un visiteur entièrement protégé des réalités ordinaires, mais comme quelqu’un qui cherchait à découvrir le Pakistan tel que je me représentais la vie d’une grande partie de sa population.
Je mangeais ce que l’on trouvait dans la rue ou chez l’épicier du quartier. Je dépendais des transports disponibles. Je faisais face à la chaleur, aux démarches administratives, aux imprévus et au rythme local.
Je ne prétendais évidemment pas vivre exactement comme tous les Pakistanais. Le pays est trop vaste, trop divers et trop contrasté pour être résumé à une seule expérience. Mais je cherchais à m’en approcher, à observer sans filtre et à comprendre le pays autrement qu’à travers des discours généraux.
C’était précisément ce Pakistan qui faisait, à mes yeux, le charme du pays : un Pakistan encore éloigné de la banalité du conformisme moderne.
Dans les échanges oraux, les solutions improvisées, la proximité des commerces, la solidarité spontanée et les habitudes du quotidien apparaissait quelque chose de profondément vivant. Derrière les contraintes matérielles, je percevais surtout l’esprit du peuple pakistanais : chaleureux, ingénieux, débrouillard et attaché aux relations humaines.
S’habiller pour affronter la chaleur
Je portais le shalwar kameez, comme la plupart des personnes autour de moi.
Cette tenue ample semblait parfaitement adaptée au quotidien pakistanais. Pourtant, avec les fortes chaleurs, je transpirais beaucoup et le tissu finissait par se coller à ma peau, ce qui devenait très désagréable.
On m’a alors conseillé de porter un tee-shirt en coton sous le kameez.
L’idée m’a d’abord laissé perplexe. Ajouter une couche supplémentaire alors qu’il faisait déjà très chaud me semblait contre-intuitif. J’ai néanmoins essayé et le résultat m’a impressionné.
Le coton absorbait une partie de la transpiration et empêchait le vêtement extérieur de coller directement à la peau. Malgré cette couche en plus, la sensation était nettement plus confortable.
La veille, au bazar, un commerçant spécialisé dans le textile nous avait également présenté les tissus qu’il considérait comme les mieux adaptés aux fortes chaleurs. Cela m’a rappelé que le confort d’un vêtement ne dépend pas seulement de sa forme. Il repose aussi sur le choix de l’étoffe, son épaisseur, sa capacité à laisser circuler l’air et à absorber l’humidité.
Peut-être qu’un jour, avec l’intensification des épisodes de chaleur en France, des vêtements amples inspirés du shalwar kameez y trouveront eux aussi leur place.
Ce sont précisément ces petites astuces qui améliorent l’expérience d’un séjour au Pakistan. Je me sentais parfois comme un témoin ou un explorateur rapportant des savoir-faire ordinaires, parfois anciens, mais toujours utiles.
Un jus de canne à sucre dans la rue
Au cours de la journée, j’ai bu un jus de canne à sucre acheté auprès d’un marchand ambulant.
Préparée et servie dans la rue, cette boisson très sucrée et rafraîchissante faisait pleinement partie de l’expérience du quotidien.
Ce moment simple disait beaucoup de la vie locale : la proximité, la circulation constante, l’importance de la rue et le goût des plaisirs immédiats.
Le retour de la Oumra et le partage
J’ai également rendu visite à des personnes revenues de la Oumra, le petit pèlerinage à La Mecque.
Selon la tradition, elles offrent à leurs visiteurs des dattes Ajwa ainsi que de l’eau de Zamzam rapportées des lieux saints.
Ce geste donnait à la visite une dimension à la fois religieuse, familiale et hospitalière. Le voyage spirituel se prolongeait ainsi dans le partage. Ceux qui revenaient de la Oumra transmettaient symboliquement une part de leur expérience à leur entourage.
En France, les vacances sont souvent associées à la montagne, à la plage, au tourisme ou à la découverte d’une nouvelle région. Au Pakistan, j’ai constaté une autre manière d’envisager le voyage : de nombreuses personnes accordent une place importante à la Oumra, parfois accomplie régulièrement, voire chaque année.
Ce déplacement n’est pas considéré comme de simples vacances. Il possède une dimension religieuse, familiale et intérieure.
Cette pratique révèle la force du lien qui unit une partie du peuple pakistanais aux lieux saints d’Arabie. Il ne s’agit pas seulement d’une proximité géographique, mais d’une connexion spirituelle nourrie par la foi, la mémoire religieuse et le désir de revenir sur une terre considérée comme sacrée.
Un carnet de voyage qui en rencontre un autre
L’un des moments les plus marquants de cette journée fut ma rencontre avec une personne qui avait voyagé en France et en Suisse dans les années 1970.
Son histoire a immédiatement fait écho à la mienne. Il m’a expliqué qu’à cette époque, il tenait lui aussi un journal de voyage.
Cette confidence m’a frappé. Plusieurs décennies nous séparaient, mais nous partagions le même réflexe : consigner les lieux traversés, les rencontres, les impressions et les découvertes.
Son journal des années 1970 et mon carnet d’aujourd’hui semblaient appartenir à une même continuité.
Cette rencontre rappelait que le goût de l’aventure, la curiosité et l’attachement à l’écriture ne sont pas étrangers à la société pakistanaise. Bien au contraire, ils s’inscrivent dans une histoire plus ancienne, loin des clichés réducteurs parfois véhiculés à l’international.
Les Pakistanais ont voyagé, observé, raconté et écrit bien avant l’époque des réseaux sociaux et des publications numériques.
D’une génération à l’autre, cette soif de découverte n’a peut-être jamais cessé. Elle change de forme, de destination et de support, mais elle demeure.
Je me suis alors dit que j’étais moi aussi, à ma manière, l’héritier de cet esprit d’exploration : pakistanais par mes origines, français par une grande partie de ma formation et voyageur par besoin de comprendre le monde.
Nutrition, cuisine et prise de conscience
En France, j’avais commencé à prendre davantage soin de moi en m’intéressant à la nutrition et en pratiquant la cuisine française afin de préparer des plats toujours meilleurs, mais aussi plus équilibrés.
Au cours de plusieurs échanges au Pakistan, j’ai constaté que la prise de conscience autour de la santé, de l’alimentation et du rapport à la nature évoluait dans le bon sens.
Le mot anglais awareness revenait presque naturellement dans ces discussions, comme pour désigner cette attention nouvelle portée au bien-être et aux habitudes de vie.
Je pense que le peuple pakistanais pourrait gagner beaucoup en qualité de vie grâce à des campagnes de sensibilisation à la nutrition, adaptées aux réalités locales et aux habitudes alimentaires du pays.
Lors de conversations passionnées autour de mes régimes plus sains et de ma capacité à cuisiner, j’ai essayé de montrer qu’il était possible de manger de manière équilibrée sans renoncer au goût.
J’ai notamment évoqué certaines techniques apprises grâce à la cuisine française, comme le déglaçage, la préparation des sauces, la maîtrise des cuissons ou encore l’équilibre entre les textures et les saveurs.
La cuisine pakistanaise possède déjà une richesse immense. L’enjeu ne serait pas de la remplacer ni de l’occidentaliser, mais de l’enrichir par une meilleure connaissance des quantités, des apports nutritionnels, des modes de cuisson et des associations d’aliments.
Il reste beaucoup à dire et surtout beaucoup à faire. Mais j’ai la conviction que les choses évoluent dans le bon sens.
Une journée entre adaptation et transmission
Cette troisième journée avait commencé par un réveil matinal, une démarche administrative et un estomac contrarié.
Elle s’était poursuivie par un petit déjeuner simple, un retour à une alimentation plus équilibrée, l’apprentissage d’une astuce vestimentaire, un jus de canne à sucre, une visite chargée de symboles religieux et une rencontre reliant mon carnet à celui d’un voyageur pakistanais d’une autre génération.
Elle m’a rappelé que le Pakistan ne se découvre pas seulement à travers ses paysages ou ses monuments.
Il se révèle aussi dans les gestes du quotidien, dans les vêtements, dans la nourriture, dans l’hospitalité, dans la foi, dans la mémoire des anciens et dans cette envie persistante d’aller voir ailleurs, puis de raconter ce que l’on a vu.
Texte original rédigé avec l’assistance de l’intelligence artificielle.
Asad Ishfaq





