Carnet du Pakistan – Jour 2 : Entre paysages, mémoire et changement de perspective

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Carnet du Pakistan — Jour 2

Entre paysages, mémoire et changement de perspective

Aujourd’hui, je suis parti en direction de la région du Cachemire pakistanais pour découvrir le barrage de Mangla et son immense réservoir.

La route elle-même faisait déjà partie du voyage. J’ai traversé plusieurs localités, notamment Bhimber, avant d’arriver dans la à Mangla. Par endroits, les paysages m’ont rappelé les décors des westerns américains : routes vallonnées, reliefs secs et vastes horizons.

J’ai aussi été surpris de voir des chèvres et des vaches circuler librement. Cette scène m’a fait penser, de manière très spontanée, au mot Azad, qui signifie « libre », dans l’expression Azad Cachemire. L’association était davantage poétique que politique, mais elle a marqué mon regard sur le trajet.

L’immensité bleue du réservoir

Arrivé au resort, le contraste était saisissant. L’eau du réservoir était d’un bleu impeccable. Elle s’étendait à perte de vue autour du site, sur plusieurs kilomètres, au point de donner l’impression d’une profondeur considérable.

Les visiteurs peuvent y faire du bateau ou du jet-ski. Au loin, il était possible d’apercevoir la ville de Mirpur.

Des villages aux noms chargés d’histoire

Durant le trajet, le guide touristique m’a raconté plusieurs anecdotes sur l’histoire de certains villages.

L’un d’eux aurait autrefois été connu comme le « village des voleurs », parce qu’il aurait abrité des bandits. Avec le durcissement des lois et le retour de la sécurité, il aurait ensuite été rebaptisé « village de la lumière ». Ce changement de nom semblait symboliser le passage d’une réputation sombre à une identité nouvelle.

Un autre lieu portait le nom de « village des pleureurs ». Le guide disait que personne ne savait réellement pourquoi on y aurait tant pleuré ni comment cette appellation était née. Ce mystère donnait au village une dimension presque légendaire.

Un autre endroit m’a particulièrement marqué par la présence d’un gurdwara, un temple sikh à l’architecture singulière. Sa présence rappelait que cette région conserve les traces d’une histoire religieuse et culturelle plus ancienne.

Ces récits transmis oralement donnent au paysage une profondeur supplémentaire. Derrière les routes, les collines et les villages se cachent des mémoires locales, parfois historiques, parfois légendaires.

Une science des saisons transmise oralement

Le guide m’a également parlé du passage des saisons tel qu’il lui avait été transmis de génération en génération.

La veille, une pluie très intense était tombée en fin de journée. Cela l’a amené à évoquer des connaissances anciennes fondées sur l’observation de la terre, de l’humidité, de la chaleur, des insectes et des animaux.

Selon son récit, après les pluies, les sols se gorgent d’eau. Lorsque les températures remontent, la terre humide se réchauffe et devient presque comparable à un cuiseur à vapeur. Les insectes et certains animaux recommencent alors à sortir du sol ou de leurs abris.

Cette connaissance n’est pas nécessairement scientifique au sens académique, mais elle repose sur une longue observation du milieu naturel. Elle constitue une forme de savoir empirique, mémorisée et transmise par la parole.

Un souvenir d’école en France

Ce récit m’a ramené à mes souvenirs de classe de primaire. Mon professeur évoquait lui aussi les savoirs développés autrefois par les femmes et les hommes du Moyen Âge en France, attentifs aux saisons, à l’état du sol, au comportement des animaux et aux signes du ciel.

À des milliers de kilomètres et dans des contextes très différents, je retrouvais une même manière de comprendre le monde : observer, comparer, mémoriser, puis transmettre.

Quels que soient le lieu et l’époque, l’être humain a appris à s’adapter pour survivre dans des environnements très différents. Les techniques changent, les croyances varient, les mots ne sont pas les mêmes, mais la faculté d’observation et d’adaptation demeure universelle.

Quand les saisons ne veulent pas dire la même chose

Une autre anecdote m’a fait prendre conscience de ce décalage culturel.

Au resort, un membre du groupe touristique m’a expliqué qu’il préférait venir à Mangla pendant la « saison froide ». J’ai immédiatement interprété cette expression à travers mon expérience française. J’imaginais un hiver rigoureux, avec du gel, du froid intense, voire de la neige.

Je ne comprenais pas comment l’endroit pouvait être plus agréable dans de telles conditions. Je lui ai donc demandé de répéter. Il a confirmé exactement la même chose.

C’est alors que j’ai compris que, dans cette partie du Pakistan, la saison froide désigne souvent une période simplement plus douce, plus respirable et plus agréable que les mois de forte chaleur. Tout est devenu clair instantanément.

Les mots n’ont pas toujours le même sens concret selon l’endroit du globe où l’on se trouve. Le mot « froid » n’évoque pas les mêmes températures ni les mêmes paysages en France, au Pendjab ou dans la région de Mangla.

Pakistanais sur le papier, Français dans mes réflexes

Cette expérience m’a également renvoyé à ma propre identité.

Même si je suis Pakistanais sur le papier et lié au pays par mes origines, ma manière d’interpréter les saisons, le climat et les paysages reste profondément marquée par mon vécu en France.

Lorsqu’on me parlait de saison froide, j’ai spontanément mobilisé un imaginaire français de l’hiver. Mon incompréhension révélait donc un décalage climatique, mais aussi culturel.

Une origine familiale ou administrative ne suffit pas à déterminer entièrement notre manière de voir le monde. Celle-ci se forme aussi dans les lieux où l’on grandit, dans les mots que l’on emploie, dans les habitudes que l’on acquiert et dans les images qui deviennent naturelles.

Je reste lié au Pakistan, mais mon regard porte aussi l’empreinte de la France. Ce voyage ne me fait donc pas seulement découvrir un pays. Il me permet aussi de mieux comprendre la manière dont plusieurs appartenances peuvent coexister en une même personne.

Asad Ishfaq

Note : Texte original rédigé avec l’assistance de l’intelligence artificielle.