Zafar Ahmad Chaudhry : de la Pakistan Air Force à la défense des droits humains

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Par Asad ISHFAQ

Le parcours de l’Air Marshal Zafar Ahmad Chaudhry traverse plusieurs histoires du Pakistan : la naissance de son armée de l’air, les guerres indo-pakistanaises, les relations complexes entre pouvoir civil et institution militaire, mais aussi l’émergence d’une société civile organisée autour de la défense des droits fondamentaux.

Il serait tentant de raconter Zafar Ahmad Chaudhry comme une figure exemplaire dont toute la trajectoire conduirait naturellement de l’uniforme militaire à la défense des droits humains. Une telle présentation serait cependant trop simple.

Son intérêt réside précisément ailleurs : dans les différentes vies qu’un même homme a pu connaître au cours de plusieurs décennies particulièrement mouvementées de l’histoire pakistanaise.

Un aviateur formé avant la naissance du Pakistan

Zafar Ahmad Chaudhry naît à Sialkot en 1926, alors que la ville appartient encore à l’Inde britannique. Après ses études à Lahore, il rejoint la Royal Indian Air Force avant la partition.

Il appartient ainsi à cette génération d’officiers dont la formation militaire précède l’existence même du Pakistan.

Après 1947, il poursuit sa carrière au sein de la nouvelle Pakistan Air Force. Son parcours le conduit progressivement vers des fonctions de commandement et d’état-major.

Cette génération est particulièrement intéressante à observer parce qu’elle participe à la construction d’institutions nouvelles à partir d’un héritage impérial commun aux futurs États indien et pakistanais.

L’histoire de la Pakistan Air Force ne commence pas en vase clos. Ses premiers cadres proviennent notamment des institutions militaires de l’Inde britannique, qui avaient parfois formé ensemble des hommes appelés quelques années plus tard à servir deux États devenus rivaux.

De l’armée de l’air à Pakistan International Airlines

La carrière de Zafar Ahmad Chaudhry ne se limite pas à l’institution militaire.

En 1971, il prend la direction de Pakistan International Airlines. Son passage à la tête de PIA est relativement bref puisqu’il retrouve dès 1972 les plus hautes responsabilités militaires.

Cette circulation entre aviation militaire et aviation civile rappelle également une caractéristique du Pakistan de cette époque : le passage de hauts responsables entre différentes grandes institutions publiques du pays.

En mars 1972, dans un Pakistan profondément bouleversé par la guerre de 1971 et la sécession du Pakistan oriental devenu Bangladesh, Zafar Ahmad Chaudhry accède à la direction de la Pakistan Air Force.

Il exerce cette fonction jusqu’au 15 avril 1974 et est généralement présenté comme le premier officier à porter le titre de Chief of Air Staff, succédant à une organisation dans laquelle le chef de l’armée de l’air portait auparavant celui de Commander-in-Chief.

Il dirige ainsi la PAF pendant une période de reconstruction institutionnelle particulièrement délicate.

Une démission dont l’interprétation demande de la prudence

La fin de son commandement constitue probablement la partie de sa biographie qui appelle le plus de prudence.

Plusieurs récits mettent en avant un désaccord avec Zulfikar Ali Bhutto concernant le sort d’officiers impliqués dans l’« Attock Conspiracy Case ». Selon cette interprétation, le pouvoir civil aurait souhaité une certaine clémence envers plusieurs officiers condamnés, position à laquelle le chef de la PAF se serait opposé.

D’autres récits insistent davantage sur le contexte religieux.

Zafar Ahmad Chaudhry appartenait à la communauté ahmadie. Certaines sources évoquent donc le climat anti-ahmadi de plus en plus marqué au Pakistan comme un élément ayant pu contribuer à son départ.

Une distinction chronologique reste cependant essentielle.

Chaudhry quitte ses fonctions en avril 1974. Le deuxième amendement à la Constitution pakistanaise concernant le statut constitutionnel des Ahmadis intervient en septembre 1974, plusieurs mois après son départ.

Il serait donc excessif d’affirmer simplement qu’il aurait quitté ses fonctions parce que les Ahmadis venaient d’être constitutionnellement exclus de la catégorie des musulmans.

Le contexte religieux a pu participer à l’environnement politique de l’époque. Les désaccords institutionnels avec le gouvernement de Bhutto ont également pu jouer un rôle.

En l’état des récits disponibles, réduire cet épisode à une seule cause risquerait de donner une certitude que les sources ne permettent pas nécessairement d’établir.

Cette incertitude est d’ailleurs intéressante en elle-même : l’histoire institutionnelle est rarement aussi nette que les récits rétrospectifs voudraient parfois le laisser croire.

Une seconde vie dans la société civile

C’est après sa carrière militaire que le parcours de Zafar Ahmad Chaudhry prend une direction particulièrement singulière.

Dans les années 1980, il participe aux débuts de la Human Rights Commission of Pakistan (HRCP).

La HRCP le considère comme l’un de ses membres fondateurs. Il participe à la consolidation de cette organisation à une époque où la défense indépendante des droits fondamentaux devait encore trouver sa place dans la société pakistanaise.

Cette partie de son existence mérite d’être considérée indépendamment de sa carrière militaire.

Il ne s’agit pas de réinterpréter rétrospectivement toute sa vie d’officier à travers son engagement ultérieur. Un chef militaire demeure un acteur d’une institution militaire, avec les responsabilités et les contraintes que cela implique.

Mais voir un ancien chef de la Pakistan Air Force participer ensuite à la construction d’une organisation indépendante consacrée aux droits humains constitue un élément remarquable de son parcours.

Il rappelle également que les catégories que nous employons — « militaire », « civil », « démocrate », « intellectuel », « militant » — peuvent devenir beaucoup moins étanches lorsqu’on observe une vie entière plutôt qu’un moment particulier.

L’homme de lettres derrière l’officier

Un autre aspect, plus discret, complète son portrait.

Zafar Ahmad Chaudhry écrivait.

Après son départ de l’armée, il publia plusieurs ouvrages autobiographiques, parmi lesquels Mosaic of Memory, Miracles Do Happen et An Airman Remembers.

Il s’intéressa également à la poésie de Muhammad Iqbal et travailla notamment autour de Shikwa et Jawab-e-Shikwa.

Cette dimension littéraire permet de découvrir un personnage différent de celui que laisse apparaître son seul parcours militaire.

Comme beaucoup d’acteurs de cette première génération pakistanaise, son univers intellectuel ne se limitait pas nécessairement à sa profession. Armée, littérature, construction nationale et réflexion politique pouvaient cohabiter au sein d’une même trajectoire.

Ce que son parcours permet d’interroger

Zafar Ahmad Chaudhry n’a pas besoin d’être transformé en héros pour être intéressant.

Son parcours suffit.

Officier formé avant la partition, acteur de la construction de la Pakistan Air Force, haut responsable de Pakistan International Airlines, chef de l’armée de l’air sous Zulfikar Ali Bhutto, membre d’une minorité religieuse dont la situation allait profondément se dégrader, puis participant à la construction de l’une des principales organisations pakistanaises de défense des droits humains : chacune de ces étapes renvoie à une facette différente de l’histoire du pays.

Sa trajectoire soulève surtout une question qui dépasse sa personne :

Comment les institutions et les convictions des individus évoluent-elles lorsque l’État auquel ils ont consacré une partie de leur existence change lui-même ?

Il serait facile d’utiliser sa vie pour démontrer une thèse préalable sur le Pakistan, son armée, la religion ou Zulfikar Ali Bhutto.

Elle me paraît plus intéressante lorsqu’on résiste précisément à cette tentation.

Zafar Ahmad Chaudhry permet d’observer un Pakistan dans lequel un même homme a pu appartenir au sommet de l’appareil militaire avant de participer, quelques années plus tard, à la construction d’une institution destinée à défendre les droits fondamentaux des citoyens.

Ce contraste ne fournit pas à lui seul une explication du Pakistan.

Mais il constitue une invitation remarquable à chercher à le comprendre.


Note éditoriale

Cet article est un texte de synthèse et de réflexion historique. Certaines interprétations, notamment celles concernant les circonstances du départ de Zafar Ahmad Chaudhry de la Pakistan Air Force, divergent selon les sources et sont donc présentées comme telles plutôt que comme des faits définitivement établis.

La préparation de cet article a été assistée par des outils d’intelligence artificielle. Le choix du sujet, l’orientation du texte et la décision de publication relèvent de l’auteur.