Le Rassemblement national populaire : histoire d’un parti fasciste, de ses réseaux et de son antisémitisme

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Fondé en 1941 par Marcel Déat, le Rassemblement national populaire (RNP) fut l’un des principaux mouvements collaborationnistes français sous l’Occupation. Son histoire, ses réseaux et son attitude envers les Juifs permettent de mieux comprendre les mécanismes de l’exclusion politique. La proximité de son nom avec celui du Rassemblement national contemporain invite également à examiner les héritages historiques, sans confondre les époques.

Des origines socialistes à la Collaboration

Le Rassemblement national populaire (RNP) est fondé à Paris en février 1941, alors que la France vit sous l’Occupation allemande. Son principal dirigeant, Marcel Déat, possède un parcours politique singulier : ancien député socialiste, agrégé de philosophie et ministre de l’Air en 1936, il avait été exclu de la SFIO en 1933 en raison de ses orientations autoritaires et de ses désaccords avec la direction du parti.

Défenseur du néosocialisme, courant associant intervention économique, autorité de l’État et nationalisme, Déat évolue progressivement vers le fascisme. Après la défaite française de 1940, il choisit la Collaboration avec l’Allemagne nazie.

Avec le soutien de l’ambassadeur allemand Otto Abetz, il fonde le RNP dans l’espoir de transformer la France en un État autoritaire intégré à une Europe dominée par Berlin. Son ambition dépasse la simple collaboration diplomatique : il souhaite une véritable transformation politique et idéologique de la société française.

Une idéologie fasciste aux références socialistes

La particularité du RNP réside dans son mélange de références socialistes, républicaines et nationalistes avec une doctrine fondamentalement fasciste.

Le mouvement revendique certains héritages de la Révolution française, notamment le jacobinisme, la laïcité et la centralisation administrative. Mais il défend simultanément la suppression du pluralisme politique, l’organisation de la société autour d’un parti unique et l’alignement sur l’Allemagne nazie.

Il conjugue ainsi anticommunisme, anticapitalisme proclamé, organisation autoritaire de l’économie et culte de l’autorité.

Cette orientation explique notamment ses rivalités avec le régime de Vichy, que Déat juge trop conservateur, ainsi qu’avec le Parti populaire français (PPF) de Jacques Doriot.

Selon les recherches historiques consacrées au mouvement, le RNP constitue une manifestation du fascisme français, tant par son organisation que par son ambition totalitaire.

Le parcours de Marcel Déat illustre ainsi comment des références initialement associées au socialisme et à la République ont pu être réinterprétées au service d’un projet autoritaire.

Les réseaux politiques, syndicaux et intellectuels du RNP

Le RNP tente de constituer un vaste réseau rassemblant d’anciens militants de gauche, des nationalistes, des syndicalistes, des intellectuels et des anciens combattants.

Parmi ses principaux responsables figurent Georges Albertini, ancien militant socialiste devenu secrétaire général du mouvement, et Eugène Deloncle, ancien dirigeant de la Cagoule, organisation clandestine d’extrême droite. Ce dernier participe initialement au rassemblement avant de s’en séparer en octobre 1941.

Le parti développe plusieurs instruments d’influence : le quotidien L’Œuvre, dirigé politiquement par Déat, l’hebdomadaire Le National populaire, les Jeunesses nationales populaires et le Front social du travail, destiné à recruter dans les entreprises.

Il cherche également à pénétrer les milieux enseignants, intellectuels et agricoles à travers diverses organisations satellites.

Malgré ces efforts, le RNP ne devient jamais le grand parti de masse espéré par son fondateur. Les estimations historiques évoquent plusieurs dizaines de milliers d’adhérents à son apogée, dont une minorité seulement participe activement à ses activités.

Cette implantation limitée contraste avec les ambitions du mouvement, qui entendait devenir le principal instrument de transformation politique de la France occupée.

L’antisémitisme : entre distinctions idéologiques et pratiques d’exclusion

L’antisémitisme constitue une dimension documentée de l’histoire du RNP, même si son expression diffère parfois de celle d’autres organisations collaborationnistes.

Marcel Déat distingue notamment, dans le récit qu’il donnera ultérieurement de son engagement, les Juifs français anciennement assimilés des Juifs étrangers arrivés plus récemment. Il prétendra également avoir voulu préserver certaines personnalités juives reconnues pour leurs contributions intellectuelles ou scientifiques.

Ces déclarations, formulées dans ses mémoires rédigés après la guerre, doivent être considérées avec prudence : elles participent aussi de sa tentative de justification personnelle.

Certains discours du mouvement établissent également des distinctions entre différentes catégories de Juifs, notamment les anciens combattants et certaines personnalités considérées comme utiles à la nation.

Ces distinctions ne traduisent cependant aucune reconnaissance générale de l’égalité des droits. Elles s’inscrivent dans une conception discriminatoire de l’appartenance nationale.

Le mouvement développe une propagande antisémite explicite. Le National populaire revendique notamment un antisémitisme qualifié de « complet et résolu ». Des brochures antisémites diffusées par le RNP en 1941 sont aujourd’hui conservées dans les archives publiques françaises.

Au-delà des discours, les pratiques du mouvement témoignent de son engagement dans l’exclusion des Juifs. Des responsables du RNP participent notamment à des opérations de prise de possession de locaux appartenant à des propriétaires juifs.

Il importe toutefois de distinguer les responsabilités du RNP de celles du régime de Vichy et des autorités allemandes. Le RNP participe à la propagande antisémite et à certaines pratiques d’exclusion et de spoliation, tandis que Vichy et l’occupant mettent en œuvre les principaux dispositifs administratifs et policiers de persécution et de déportation.

La distinction entre Juifs français et étrangers revêt une importance particulière dans cette histoire.

En 1942, les autorités de Vichy acceptent notamment que les premières grandes rafles organisées avec les Allemands visent prioritairement les Juifs étrangers et apatrides. Cette distinction ne constitue qu’une protection temporaire pour les Juifs français, également victimes de la persécution et des déportations.

L’histoire montre ainsi que les distinctions établies entre différentes catégories d’une même minorité n’ont pas constitué une protection durable contre les persécutions.

Du RNP au RN : deux époques, une interrogation sur les minorités

En 2018, le Front national, fondé en 1972, adopte officiellement le nom de Rassemblement national (RN).

La proximité de cette appellation avec celle du Rassemblement national populaire de 1941 a suscité des interrogations historiques.

Il convient cependant de préciser que le RNP n’est pas l’ancêtre institutionnel direct du RN contemporain.

Des continuités individuelles existent néanmoins. Roland Gaucher, ancien membre des Jeunesses nationales populaires du RNP, participe à la fondation du Front national en 1972. Son parcours illustre la présence, parmi les fondateurs de cette formation, de certaines personnalités issues des milieux collaborationnistes de l’Occupation.

Un autre rapprochement mérite réflexion : la manière dont ces deux formations, dans des contextes radicalement différents, abordent la question de l’appartenance nationale et des minorités.

Sous l’Occupation, certains discours du RNP distinguent les Juifs français assimilés des Juifs étrangers, tout en participant à une politique générale d’exclusion antisémite.

Le Rassemblement national contemporain propose, quant à lui, une politique de « priorité nationale », fondée sur une distinction entre citoyens français et ressortissants étrangers.

Dans son programme législatif de 2024, le RN propose notamment de réserver les allocations familiales aux Français et de conditionner l’accès à certaines prestations sociales non contributives à cinq années de travail en France.

Ces mesures ne visent pas juridiquement les musulmans en tant que groupe religieux : elles concernent les étrangers, quelle que soit leur confession. Elles introduiraient cependant une différence de traitement entre musulmans français et musulmans étrangers, comme entre Français et étrangers appartenant à d’autres religions.

À cette distinction fondée sur la nationalité s’ajoutent des propositions relatives à l’expression religieuse, notamment l’interdiction du voile islamique dans l’espace public, qui pourrait concerner des citoyennes françaises musulmanes.

Le RN présente ces orientations comme des instruments de défense de la laïcité, de la souveraineté et de la cohésion nationale. Leurs opposants contestent notamment leur compatibilité avec les principes d’égalité et de liberté religieuse.

Il serait historiquement abusif d’assimiler ces propositions aux persécutions antisémites de l’Occupation. Le RNP appartenait à un système fasciste engagé dans la Collaboration avec l’Allemagne nazie, tandis que le RN contemporain participe à la compétition électorale dans le cadre des institutions démocratiques françaises.

La comparaison ne porte donc ni sur une identité de régimes ni sur une équivalence des persécutions, mais sur une interrogation plus générale : celle des critères par lesquels une communauté politique distingue les personnes auxquelles elle accorde certains droits.

Les différences de droits entre citoyens et étrangers existent dans de nombreuses démocraties. Elles ne constituent pas, en elles-mêmes, une persécution. La question devient plus délicate lorsque ces distinctions touchent à des droits sociaux fondamentaux ou lorsque l’expression d’une religion fait l’objet de restrictions particulières.

À partir de quel point la différenciation juridique devient-elle une discrimination contraire aux principes d’égalité et de liberté ?

Cette question mérite d’être examinée à partir des textes, de leurs effets et des garanties constitutionnelles, plutôt que par de simples analogies historiques.

La disparition du RNP et l’héritage de la Collaboration

En mars 1944, Marcel Déat entre finalement au gouvernement de Vichy comme ministre du Travail et de la Solidarité nationale.

Cette accession tardive au pouvoir intervient alors que l’Allemagne nazie recule sur plusieurs fronts et que la perspective de la Libération se rapproche.

Après la chute du régime, Déat prend la fuite vers l’Allemagne, puis trouve refuge en Italie. Condamné à mort par contumace en juin 1945, il meurt en exil en janvier 1955, sans avoir été jugé en personne.

Son parti disparaît avec la fin de l’Occupation, laissant derrière lui l’histoire d’une organisation qui avait voulu substituer à la démocratie parlementaire un régime fasciste inspiré du modèle nazi.

Comprendre l’histoire sans confondre les époques

L’histoire du Rassemblement national populaire rappelle que les mots employés par les formations politiques ne suffisent jamais à définir leur véritable nature.

Marcel Déat pouvait invoquer le socialisme, la République et même certains principes issus de la Révolution française tout en défendant un système totalitaire. Son parcours témoigne de la capacité des idéologies autoritaires à emprunter le vocabulaire de traditions politiques très différentes.

La proximité des noms entre le RNP historique et le RN contemporain ne constitue pas davantage, à elle seule, une preuve de continuité idéologique. L’étude des dirigeants, des réseaux et des programmes permet de mettre en évidence des liens historiques précis, mais également des différences fondamentales.

Quant aux politiques envers les minorités, elles méritent d’être examinées pour ce qu’elles proposent réellement, dans leur contexte juridique et institutionnel.

L’histoire ne doit servir ni à distribuer des culpabilités par association ni à effacer les héritages dérangeants. Elle doit permettre de mieux comprendre les mécanismes politiques et d’exercer notre esprit critique.

L’expérience du RNP rappelle notamment que l’invocation de la nation, de la souveraineté ou du progrès social ne garantit pas, à elle seule, le respect des libertés fondamentales.

Elle montre également comment les crises politiques, les ambitions personnelles et les bouleversements internationaux peuvent favoriser des engagements idéologiques contraires aux principes initialement revendiqués.

C’est pourquoi l’étude de cette période demeure essentielle, particulièrement lorsqu’il s’agit de comprendre la liberté religieuse, l’égalité devant la loi et la place accordée aux minorités dans la communauté nationale.

Car une démocratie ne se définit pas seulement par la volonté de la majorité. Elle se reconnaît aussi aux garanties qu’elle accorde à ceux qui ne lui ressemblent pas.


Asad ISHFAQ

PAKFM.fr

Article rédigé avec l’assistance de l’intelligence artificielle.

Sources et références historiques

Larousse :

Biographie de Marcel Déat

Centre d’histoire sociale des mondes contemporains :

Le Rassemblement national populaire de Marcel Déat (1941-1944)

Bibliothèque nationale de France — RetroNews :

Ce qu’était le Rassemblement national populaire

United States Holocaust Memorial Museum :

La France pendant la Shoah

Le Monde :

Roland Gaucher et les continuités historiques

Rassemblement national :

Programme législatif de 2024