Il devrait être possible d’écouter une mère israélienne pleurer son enfant sans détourner les yeux d’une mère palestinienne qui cherche le sien. Possible de reconnaître la terreur du 7 octobre et de regarder en face la dévastation de Gaza. Possible, enfin, de laisser à chaque deuil sa place entière.
Cette exigence paraît élémentaire. Elle devient pourtant difficile à tenir lorsque la douleur se mêle à la colère, aux fidélités politiques et aux blessures de l’histoire. Nous sommes alors tentés de réserver notre compassion aux personnes dont nous nous sentons proches. Il faut résister à ce rétrécissement. Notre humanité se mesure aussi à notre capacité d’entendre une souffrance qui nous était moins familière.
Le 7 octobre 2023, les attaques menées par le Hamas et d’autres groupes armés ont fait environ 1 200 morts et conduit à l’enlèvement de 251 personnes. Le Musée américain du mémorial de l’Holocauste les qualifie d’attaque la plus meurtrière contre les Juifs depuis la Shoah. Cette référence dit la profondeur du traumatisme historique, sans établir d’équivalence avec l’extermination nazie.
Derrière ces nombres, des personnes assassinées, des familles brisées, des survivants dont l’existence a basculé. Pour les proches des personnes enlevées, l’attente et l’incertitude ont constitué une épreuve supplémentaire : ignorer où se trouve un être aimé, s’il souffre, s’il est encore vivant. Une telle douleur mérite d’être entendue sans réserve. Elle ne devrait jamais être accueillie par une objection politique.
Il faut aussi comprendre ce que cette violence a pu réveiller chez des Juifs dont l’histoire familiale porte la mémoire des persécutions. La peur du présent peut rencontrer celle que les générations précédentes ont transmise. Écouter cette peur demande de l’attention et du respect. Ceux qui la vivent doivent pouvoir être entendus sans que leur témoignage soit immédiatement transformé en débat sur les actes d’un gouvernement.
À Gaza, l’ampleur des pertes humaines exige la même gravité. Selon les autorités sanitaires de Gaza, dont Reuters rapportait le bilan le 10 octobre 2026, plus de 74 000 Palestiniens ont été tués depuis le début de la guerre. Ce bilan global ne distingue pas à lui seul les civils des combattants. Il témoigne cependant de l’étendue du désastre.
Des dizaines de milliers de vies. Il faut prendre le temps de mesurer ce que ces mots recouvrent. Des enfants qui ne grandiront pas. Des parents dont on attendra vainement le retour. Des familles dont les survivants devront apprendre à vivre avec des absences immenses. À ces morts s’ajoutent les blessures, les handicaps, les déplacements, la perte du foyer et des repères qui permettent de se sentir encore chez soi.
La souffrance palestinienne doit, elle aussi, pouvoir être nommée sans condition préalable. Un civil n’a pas à prouver son innocence politique pour mériter de vivre. Un enfant n’a pas à répondre des actes d’un groupe armé. Une population ne peut être regardée comme un ensemble de vies disponibles, dont la destruction deviendrait acceptable au nom d’un objectif militaire.
Ces douleurs ont chacune leur histoire. Nous n’avons pas à les rendre identiques pour reconnaître leur réalité. Les situations, les moyens militaires et les responsabilités doivent être examinés avec précision. L’égalité de dignité entre les êtres humains nous oblige à ce travail de vérité ; elle ne nous dispense pas de juger les actes.
Nous devons donc pouvoir condamner sans ambiguïté les massacres et les enlèvements de civils israéliens, et demander des comptes sur la conduite de la guerre à Gaza. Nous devons pouvoir prendre au sérieux la sécurité des Israéliens et défendre la liberté, la sécurité et les droits des Palestiniens. Ces exigences peuvent tenir ensemble. Elles doivent tenir ensemble si nous voulons qu’un avenir commun reste concevable.
La difficulté commence lorsque la souffrance devient une justification sans limite. Le deuil appelle la reconnaissance, le secours et la justice. Il ne donne aucun droit sur la vie d’une autre famille. Aucune blessure historique ne devrait nous conduire à accepter que des innocents soient rendus collectivement responsables.
Cela vaut aussi pour nos paroles, ici, loin des lieux de violence. Aucun Juif ne doit être tenu pour responsable des décisions du gouvernement israélien. Aucun Palestinien ne doit être assimilé au Hamas. Combattre l’antisémitisme, le racisme antipalestinien et la haine des musulmans participe d’une même responsabilité : préserver chaque personne de l’accusation collective.
Notre indignation mérite mieux que des fidélités aveugles. Elle doit rester capable de vérifier un fait, de reconnaître une erreur et d’écouter un témoignage qui dérange nos certitudes. Nous pouvons être profondément engagés et garder cette honnêteté. Nous le devons à ceux au nom desquels nous prenons la parole.
Il reste enfin à transformer l’émotion en attention durable : soutenir les secours, défendre le travail des journalistes, interpeller les responsables politiques, écouter les voix palestiniennes et israéliennes qui réclament une issue à la violence. Ceux qui refusent la vengeance malgré leur propre deuil portent une exigence difficile. Donnons-leur une place dans notre écoute.
Une paix digne de ce nom devra permettre aux deux peuples de vivre dans la liberté et la sécurité. Elle devra faire place à la justice, aux droits et à la mémoire des victimes.
Une famille israélienne et une famille palestinienne doivent pouvoir regarder leurs enfants dormir en pensant au lendemain avec confiance. Préserver notre humanité, c’est refuser de renoncer à l’une de ces deux espérances.
Asad ISHFAQ
Article rédigé avec l’assistance de l’intelligence artificielle.






