Admiratif des avancées technologiques occidentales, notamment en matière d’intelligence artificielle, je demeure pourtant perplexe devant certaines évolutions législatives actuellement débattues en France, et déjà en vigueur dans d’autres contrées occidentales. Je pense ici aux nouvelles lois relatives à la fin de vie, mais aussi à celles qui touchent à la légitime défense et, plus largement, au rapport que les sociétés modernes entretiennent désormais avec la vie humaine.
Ces “lois de la mort”, car il faut bien oser les nommer ainsi, pourraient à terme ouvrir la voie à des dérives inquiétantes. Sous couvert de compassion, de liberté individuelle ou de protection, elles risquent d’installer dans les esprits l’idée que certaines vies peuvent être abrégées, certaines existences neutralisées, certaines vulnérabilités traitées comme des charges. C’est d’autant plus paradoxal que les mêmes sociétés investissent des milliards dans des technologies censées prolonger l’existence humaine. D’un côté, l’on promet l’allongement de l’espérance de vie ; de l’autre, l’on légifère toujours davantage sur les conditions de sa suppression. Une sorte de purge qui ne dit pas son nom…
En tant qu’Oriental — eh oui, depuis quelque temps, le Pakistan semble désormais faire partie du Moyen-Orient — je ne cesse de m’interroger sur la direction morale que prend la civilisation occidentale. Je contemple, tel un chroniqueur étranger mais attentif, cette civilisation perdre peu à peu l’équilibre qui fit jadis sa grandeur. Certains me diront que je suis un peu has been, old school, ou prisonnier d’un monde ancien. Peu importe. Il importe davantage d’user de ce qu’il reste de liberté d’expression afin d’apporter d’humbles éléments de réflexion à la conscience de ces femmes et de ces hommes qui rédigent les lois pour l’Homme.
Nul besoin d’être un adversaire de l’Occident pour observer les conséquences d’un énième faux pas moral. Ce qui se joue ici dépasse les clivages politiques ordinaires. Il s’agit d’un changement profond de regard porté sur la vie, sur la vieillesse, sur la faiblesse, sur la famille, sur la dignité humaine. Tout cela n’est bien évidemment pas très “catholique”, et c’est le moins que l’on puisse dire. Car cela n’a plus grand-chose à voir avec ces mœurs où la notion de famille relevait du sacré, où les proches prenaient soin de leurs anciens, où la dépendance n’était pas encore confondue avec l’inutilité.
Le scandale récurrent des maisons de retraite, où tant de personnes âgées sont déconsidérées, abandonnées ou traitées comme de simples dossiers administratifs, est symptomatique de la maladie matérialiste qui ronge l’Occident. Bien sûr, ce ne sont ni les milliards ni les ressources qui manquent. Ce qui manque, c’est un peu plus d’humanité, cette valeur pourtant clamée haut et fort dans les discours officiels. Certains ont même longtemps présenté les valeurs occidentales comme supérieures. Chacun se fera son avis.
Mais une question demeure : que devient une civilisation lorsqu’elle ne sait plus honorer ceux qui l’ont précédée ? Que devient un peuple lorsqu’il considère ses anciens comme un poids, ses malades comme une charge, ses faibles comme une anomalie économique ? Certaines mauvaises langues pourraient aller jusqu’à dire qu’un tel arsenal législatif, placé entre les mains d’un pouvoir autoritaire, pourrait un jour servir de blanc-seing pour procéder à l’élimination silencieuse des indésirables, des inutiles, voire des minorités. On dira que j’exagère. Peut-être. Mais l’histoire enseigne que les grandes dérives commencent souvent par des mots doux, des intentions nobles et des lois présentées comme nécessaires.
Selon toute vraisemblance, il existe désormais en Occident deux peuples qui se regardent en chiens de faïence. Il y a ce peuple qui ne semble plus aimer ceux qui ont façonné l’Occident pendant des siècles, ses traditions, ses croyances, ses familles, ses racines. Et il y a cet autre peuple, révulsé par les nouveaux arrivants, persuadé d’assister à la disparition de son monde. Entre les deux, une civilisation s’épuise, se fracture, se juge elle-même, se dévore lentement.
Lequel prendra le dessus dans cette phase d’autophagie occidentale ? Je n’en sais rien. Mais il est permis, depuis l’Orient ou d’ailleurs, de contempler cette étrange scène avec gravité. Car lorsqu’une civilisation cesse de protéger la vie fragile, lorsqu’elle confond progrès technique et progrès moral, lorsqu’elle remplace le sacré par la procédure, alors elle ne prépare pas seulement l’avenir : elle organise peut-être, sans le dire, sa propre disparition.
Asad I. @ PAKFM
Texte original, révisé avec l’assistance de l’IA.






