Carnet du Pakistan — Jour 1
Une arrivée dans l’inconnu, entre impréparation, entraide et confiance
Je suis arrivé au Pakistan sans m’y être véritablement préparé. L’avion avait atterri en pleine nuit et je devais encore trouver une solution pour me loger, puis rejoindre ma destination. Le problème était simple : malgré mes origines pakistanaises, je ne connaissais presque rien au fonctionnement concret du pays. À cet instant, j’étais seul avec moi-même.
Je suis sorti de l’aéroport de Lahore en marchant, sans grande conviction et sans savoir précisément dans quelle direction aller. À proximité d’un point de contrôle, un agent de la sécurité aéroportuaire m’a fait signe de venir vers lui. J’en ai profité pour lui expliquer ma situation.
Il a immédiatement fait preuve d’empathie. Il a appelé un premier collègue, puis un second, afin de chercher une solution. Après avoir envisagé plusieurs possibilités, un soldat de l’armée pakistanaise est arrivé. Très professionnel, il a pris la situation en main, s’est préoccupé de ma sécurité et s’est assuré que je pourrais rejoindre la localité où je souhaitais me rendre.
Trouver de l’argent au milieu de la nuit
Je ne pouvais pas avancer sans espèces. Or, les distributeurs automatiques présents à l’aéroport étaient en maintenance. Le soldat m’a donc accompagné jusqu’à un autre distributeur, situé à plusieurs kilomètres de là.
J’étais à la fois gêné par ma propre impréparation — ce voyage avait été décidé de manière très spontanée — et agréablement surpris par la mobilisation des agents de sécurité, des policiers et de ce soldat. Après avoir étudié les solutions habituelles, celui-ci avait simplement décidé de m’accompagner en voiture jusqu’à une banque accessible.
Les forces de l’ordre craignaient également que ma carte bancaire française ne soit avalée par un distributeur peu fiable. Le soldat m’a orienté avec assurance vers une banque qu’il estimait sûre.
Une fois sur place, j’ai aperçu un Vigo noir, ce type de 4×4 que j’associais aux services de sécurité pakistanais. Sa présence, en pleine nuit, a renforcé mon sentiment de sécurité, même si je ne pouvais évidemment pas savoir à quel service appartenait réellement le véhicule.
J’avais décidé d’accorder ma confiance à ces policiers et à ce soldat, malgré toutes les histoires que l’on peut entendre au sujet du Pakistan. Je peux aujourd’hui le dire : ils ont tous été professionnels, attentifs et irréprochables.
Un peu naïvement, j’ai demandé au soldat combien d’argent je devais retirer. Je ne connaissais ni les tarifs des transports ni le coût réel du trajet. Il a estimé que 20 000 roupies pakistanaises devraient suffire. J’ai donc retiré cette somme.
Rassurer la France depuis le Pakistan
J’ai pris soin d’envoyer des SMS à mes proches en France pour leur dire que j’étais en sécurité. Le soldat m’a même proposé de les appeler lui-même afin de les rassurer.
Je ne savais pas si l’appel serait techniquement possible ni combien il pourrait coûter. J’ai donc décliné respectueusement cette proposition. Mais ce geste m’a profondément touché : il avait compris que, derrière ma situation, il y avait aussi une famille inquiète à plusieurs milliers de kilomètres.
Cette nuit-là a, à mes yeux, donné un sens très concret à la réputation d’hospitalité du peuple pakistanais.
Direction Band Road, Niazi Adda
Le soldat a ensuite trouvé un conducteur de rickshaw et lui a demandé de me déposer à Band Road, Niazi Adda, une sorte de gare routière depuis laquelle je devais pouvoir trouver un véhicule pour rejoindre Kotla Arab Ali Khan, dans la région de Gujrat.
Avant mon départ, il m’a demandé de répéter exactement ce que j’allais dire au conducteur. Il voulait s’assurer que mes explications correspondaient bien au trajet convenu.
Je suis alors sorti de son véhicule pour prendre place dans le rickshaw. Le chauffeur m’a demandé si j’avais cinq minutes. J’ai répondu oui, tout en lui demandant pourquoi.
Il s’est alors mis à manipuler des câbles électriques, probablement pour rétablir un système de démarrage ou un dispositif de sécurité improvisé. Il a replacé une plaque, positionné une vis à l’endroit prévu, puis l’a vissée à mains nues.
Ayant moi-même étudié l’électronique, j’étais décontenancé par ce niveau d’ingéniosité pratique. C’est aussi cela, le charme du Pakistan : les choses avancent même lorsqu’elles paraissent improbables.
Cette scène résumait assez bien ma propre situation. Qui aurait pu imaginer que, malgré autant d’inconnues, une solution finirait par émerger ?
Dans ce genre de circonstances, plutôt que de se lancer dans de longs discours, il est parfois plus naturel de dire simplement :
Alhamdulillah — Dieu soit loué.
Une cellule de crise entre la France et le Pakistan
Le rickshaw est ensuite parti en direction de Band Road, Niazi Adda.
C’est à ce moment-là que j’ai appris que des connaissances m’attendaient depuis plusieurs heures à l’aéroport. Je ne le savais pas, car mes données mobiles n’étaient pas encore actives.
J’ai demandé au conducteur s’il pouvait faire demi-tour. Il m’a répondu qu’il avait pris l’engagement, devant le soldat, de me déposer à Niazi Adda et qu’il ne souhaitait pas revenir sur sa parole. Sa réaction était compréhensible : il voulait respecter précisément la mission qui lui avait été confiée et éviter toute incompréhension ultérieure.
Derrière ce conducteur de rickshaw se trouvait encore une fois un homme qui accomplissait son travail avec une remarquable conscience professionnelle.
J’ai alors demandé à mes proches en France de prévenir les personnes qui m’attendaient au Pakistan afin qu’elles viennent me récupérer à Band Road. Une véritable cellule de crise familiale semblait s’être mise en place : ma famille en France, mes proches au Pakistan et moi-même communiquions tant bien que mal grâce aux SMS envoyés depuis ma carte SIM française, qui fonctionnait heureusement encore.
Band Road, Niazi Adda et mes interprétations nocturnes
Comme si la situation n’était pas déjà suffisamment rocambolesque, le nom de la destination a commencé à nourrir mon imagination.
En ourdou, j’entendais dans Band Road quelque chose qui ressemblait à « route fermée ». Quant au nom Niazi, il résonnait immédiatement dans mon esprit comme une référence à un célèbre responsable politique pakistanais.
Lorsque j’ai demandé au conducteur une indication complémentaire, il m’a répondu : Burger Market.
Dans mon état de fatigue et de vigilance, je me suis demandé pendant quelques secondes si l’on ne m’envoyait pas un message politique codé, combinant les mots « burger », « youth » et « Niazi ». Il n’en était évidemment rien.
J’ai finalement atteint le véritable Niazi Adda, avec sa gare de cars. Peu après, mes proches au Pakistan sont venus me récupérer.
À cet instant, je me suis dit que j’avais enfin rejoint ce que je pouvais considérer comme une zone sécurisée.
Ce que je retiens de cette nuit
Cette arrivée mouvementée m’a laissé plusieurs enseignements.
Je retiens d’abord l’hospitalité des agents de sécurité, des policiers et du soldat, ainsi que leur sens du devoir et leur dévouement.
Je retiens aussi que j’ai été pris en charge comme un voyageur français en difficulté, alors même que je suis officiellement pakistanais. Cette situation m’a paru presque ironique : au Pakistan, on voyait surtout en moi le Français qu’il fallait aider, tandis qu’en France, il arrive que l’on voie d’abord en moi le Pakistanais.
Je retiens ensuite qu’une situation apparemment invraisemblable peut être surmontée grâce à la bonté, à la compétence et à la mobilisation de personnes qui n’étaient pourtant pas obligées d’en faire autant.
Enfin, je retiens l’image de ces véhicules noirs qui, dans mon esprit, incarnaient une couche de sécurité rarement visible pour le citoyen ordinaire, mais que j’ai eu l’impression de percevoir cette nuit-là.
Une confiance nouvelle dans les institutions pakistanaises
À travers cette expérience, j’ai éprouvé une confiance nouvelle dans certaines institutions de l’État pakistanais.
Si cela ne tenait qu’à moi, je suggérerais que le soldat, les agents de sécurité, les policiers et même le conducteur de rickshaw soient officiellement reconnus pour leur conduite.
Par leur professionnalisme, ils ont protégé à la fois le Pakistanais de papier et le Français de cœur que je suis. Mais surtout, ils ont contribué à rassurer tous ceux qui m’aiment : ma famille et mes amis, en France comme au Pakistan.
Cette nuit aurait pu rester le souvenir d’une arrivée chaotique. Elle est devenue, au contraire, une histoire de confiance, d’entraide et d’hospitalité.
Vive la France et vive le Pakistan !
Asad Ishfaq
Note : Texte original rédigé avec l’assistance de l’intelligence artificielle.






